renaissance

Publié le par marie m

Le génie de la Renaissance : quand l’Europe se réinvente

« La civilisation européenne s’est bâtie sur le pluralisme grâce à cette mémoire cultivée des violences passées. S’il y a une leçon à retenir de la Renaissance, c’est celle-là. »

 La Renaissance désigne-t-elle la période historique qui succède au Moyen-Age ? Désigne-t-on ainsi le courant culturel qui s’attache à redécouvrir et à transcender l’héritage antique ? Commence-t-elle au milieu du 14e, au début du 15? Son épicentre est-il exclusivement italien, voire florentin ? Troisième source d’hésitation : l’importance des innovations techniques, la place accordée au progrès : Découle-t-il de la formidable créativité qui régnait dans l’air ambiant ou en-a-t-il été l’un des moteurs ? L’imprimerie s’est-elle développée en réponse aux besoins croissants de savoirs ou a-t-elle suscité cette demande en accélérant la diffusion des connaissances ?

Chronologie :

1453 : chute de Constantinople et fin de l’Empire byzantin

1469-1492 : Laurent le Magnifique à Florence, « prince de la Renaissance »

1470 : date symbolique pour la France : introduction par le bibliothécaire de la Sorbonne de la première presse d’imprimerie dans la faculté de théologie

1471 : pontificat de Sixte 4 : la papauté renforce sa puissance temporelle et s’implique dans le devenir de l’Italie, d’où un art qui se développe à Rome (plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange)

1478 : la Géographie de Ptolémée est imprimée à Rome, signe avant-coureur des grandes découvertes

1492 : découverte de l’Amérique, du Nouveau Monde

1494-1559 : guerres d’Italie ; après l’Italie, le reste de l’Europe « s’éveille » à la Renaissance

1498 : Vasco de Gama « trace » la route des Indes et des relations coloniales entre l’Europe et l’Orient

1519 : avènement de Charles Quint ; la politique en Europe s’en trouve bouleversée

1531 : ouverture de la Bourse d’Anvers. Certains y voient le début du capitalisme, avec l’importance accrue des banques

1542 : création de l’Inquisition romaine

1560-1562 : guerres de religion en France

1563 : clôture du Concile de Trente ; son œuvre marque l’Eglise jusqu’au milieu du 20e siècle

 

 

 

1-La Renaissance en marche

a-Europe : un grand souffle venu d’Italie : Pourquoi  là plutôt qu’ailleurs ? La première raison est géographique : à la fin du Moyen-Age, l’Italie occupe une place à part sur la carte du monde, au centre de la Méditerranée. Deux grands pôles se détachent : au Sud, sur l’île de Sicile, Frédéric 2 (1194-1250) règne sur le St Empire romain germanique et porte les valeurs de l’Antiquité dans l’Occident chrétien. A l’est de la plaine du Pô, Venise se pose en Héritière de Byzance. Si l’Italie est le berceau naturel de la Renaissance, c’est aussi pour une raison historique. Dans toutes les cités, c’est le droit romain qui façonne le cadre légal. Le système communal italien favorise l’essor de petits cercles de liberté, creusets de l’humanisme. Florence s’émancipe la première de la tutelle impériale et instaure une république  de marchands. La liberté de se gouverner soi-même nourrit la réflexion des élites intellectuelles, qui s’abreuvent au modèle de la pensée classique et élaborent des théories sur la politique, l’éducation, la beauté. Sous Cosme de Médicis, à partir de 1434, la politique culturelle de Florence s’intensifie encore. Au 15e, les cités italiennes sont des entités politiques en compétition constante les unes avec les autres : compétition économique, politique, culturelle. L’art doit servir le prestige de la cité, et de celui qui la gouverne. Enfin, l’émergence du mouvement de la Renaissance en Italie a des causes purement politiques. En 1453, les Turcs ottomans prennent Constantinople. La chute de la capitale byzantine provoque l’afflux de prêtres, de clercs, et de dignitaires en Italie. Les savants et artistes italiens tirent profit de leur savoir.

Comment les valeurs de la Renaissance se diffusent-elles en Occident à partir de la péninsule ?

Le transfert se fait d’abord par la copie. Dès 1469, Laurent de Médicis exporte des artistes florentins dans toutes les cours importantes. Le pillage est un autre instrument de diffusion. Durant les guerres d’Italie, Valois et Habsbourg profitent de leur passage pour s’emparer des villes vaincues. Devenue le plus grand marché des manuscrits gréco-romains en Occident, Venise attire les collectionneurs du monde entier. Au 16e siècle, l’Italie devient la première destination d’Europe. Les idées et les formes de la Renaissance italienne atteignent, outre la France, la Pologne, les Pays Bas, l’Allemagne. Chacun de ces pays exprime, dans son langage propre et parfois avec une grande liberté, les nouveaux dogmes transmis par les précurseurs classiques : on a parlé de « Renaissances plurielles ».

b-Florence : au cœur du renouveau culturel : Dès le 15e siècle, Florence, cité puissante, riche et lettrée, met à contribution les artistes et les érudits pour construire son mythe en exaltant les valeurs républicaines. Capitale de la Toscane, la cité a connu le « Quattrocento italien » au 15e. Laboratoire de la pensée humaniste, elle est alors à l’avant-garde des mouvements de la première  Renaissance. Ce renouveau culturel s’inscrit dans un contexte d’enrichissement général lié au dynamisme des grandes compagnies marchandes : la constitution d’un groupe social citadin très riche avait favorisé une première révolution de la consommation et suscité une production de luxe. Les premiers bouleversements interviennent dans le premier quart du 15e siècle. Les élites intellectuelles inventent l’humanisme civique. L’Eloge de Florence formalise un nouvel idéal républicain pénétré d’inspiration antique, qui prône la participation active des citoyens à la vie civique et l’indépendance de la cité. La production artistique est très liée à cette pensée politique de la cité. La grande idée républicaine s’exprime à travers la commande publique, destinée à servir l’intérêt général : des concours sont organisés sont organisés pour les bâtiments civiles et religieux. L’architecture remet à l’honneur des éléments empruntés à l’Antiquité et cherche une nouvelle harmonie en s’appuyant sur la symétrie et l’équilibre des proportions. Cette cité idéalisée est le lieu où s’invente la perspective. L’imbrication de la vie politique et de la vie culturelle se poursuit tout au long du 15e. La commande privée se développe, de la part des grandes familles qui ont un rôle dans les institutions de la République. L’art de la fresque narrative se développe avec de nouvelles exigences dans la représentation du réel, « tel que l’œil le perçoit ».Cosme de Médicis, dit Cosme l’Ancien, dignitaire de la ville de 1434 à 1464 fonde la dynastie. Pour asseoir son pouvoir, il initie la politique de mécénat des Médicis. Protecteur de Donatello*, il est proche de Fra Angelico*, grand innovateur dans le traitement de la lumière et des couleurs. Il fait par ailleurs travailler Alberti*, immense théoricien, dont les traités sur la peinture, la sculpture et l’architecture passeront à la postérité. C’est à cette époque que l’on commence à penser à l’art. Il y a un saut entre Brunelleschi, ingénieur présent sur les chantiers, qui expérimente de nouvelles techniques, et Alberti qui formule ces recherches esthétique depuis son cabinet. Ce dernier promeut les arts du dessin et les fait accéder au statut des arts libéraux, plus noble que celui des arts mécaniques auxquels on les rattachait auparavant. Le coup de maître de Cosme l’Ancien est de faire venir  Florence en 1439, le concile œcuménique réunissant l’Eglise catholique et l’Eglise d’Orient. Cet événement attire en nombre les Byzantins, propagateurs de la culture grecque, créant ainsi une  nouvelle émulation au sein de la communauté intellectuelle. Au milieu du 15 e, les artistes et humanistes érudits gravitent autour de Cosme. Ce dernier, par son soutien financier et culturel, favorise la restauration de la doctrine platonicienne,  là où serait née la mythique académie médicéenne.

 Après la mort de Cosme l’Ancien, penseurs et artistes néoplatoniciens vont bénéficier de l’appui de son petit-fils Laurent de Médicis, arrivé au pouvoir en 1469. La redécouverte des textes antiques s’accompagne d’une nouvelle vision de l’homme, du cosmos et de l’harmonie du monde, qui fonde l’humanisme de la Renaissance. Marsile Ficin* et ses condisciples cherchent à harmoniser les conceptions chrétiennes et platoniciennes, s’intéressant à des questions comme l’immortalité et la beauté de l’âme. Fin érudit et poète, Laurent de Médicis incarne l’idéal de l’homme de la Renaissance et restera dans les mémoires comme Laurent le Magnifique. Il a installé un pouvoir autoritaire à Florence et se sert de son influence pour encourager les commandes privées ; les peintres toscans seront notamment appelés à Rome pour décorer la chapelle Sixtine. Sa mort en 1492, marque le déclin de cet âge d’or et ouvre une nouvelle période de la Renaissance. Sous l’influence du prédicateur Savonarole*, une République plus égalitaire est proclamée en 1494. Mais ce prophète en lutte contre les fastes des patriciens, qui prêche le renoncement à l’humanisme païen et fait brûler nombre de chefs-d’œuvre de la Renaissance lors d’un célèbre Bûcher des vanités, est exécuté dès 1498.La restauration d’une république autoritaire, emmenée par Piero Soderini, au sein de laquelle Nicolas Machiavel (cf. annexe 1) exerce les fonctions de secrétaire de la deuxième chancellerie, ne suffit pas à rendre son prestige à Florence.

 C’est une époque de rivalités artistiques alimentées par les rivalités politiques. Ces rivalités s’expriment aussi dans un débat sur la hiérarchisation des arts du dessin : Vinci prônant la prééminence de la peinture et Michel-Ange celle de la sculpture. Une nouvelle recherche formelle s’amorce au 16e siècle. Alors que l’art du Quattrocento cherchait à imiter la réalité en prenant pour modèle la nature et en s’inspirant de l’Antiquité, un glissement se produit sous l’impulsion de Léonard de Vinci. Désormais, on n’hésite plus à montrer l’artifice de l’art. Ce mouvement va aboutir à l’affirmation du maniérisme, qui tend à l’exacerbation du style des grands maîtres. Cette période est aussi marquée par une promotion des arts du dessin et une affirmation du statut social de l’artiste. Avec le maniérisme, l’art devient un art de cour. Le pouvoir des Médicis a été restauré en 1512, et la République balayée en 1537 par Cosme 1e de Médicis. La première académie du dessin est créée en 1563. C’est la première académie artistique d’Europe.

c-France : à la cour des Muses : Dans le dernier tiers du 15e siècle, les érudits français partagent la conviction de vivre un renouveau des arts et des lettres. L’euphorie qui s’empare des intellectuels du royaume est  favorisée par la conjoncture : ce « beau 16e », du nom de l’embellie qui suit la guerre de Cent Ans et dure jusque vers 1540. Le mécénat royal joue un rôle essentiel, en particulier celui de François 1e. Plus qu’une mode, il constitue pour les monarques une manifestation de puissance, un instrument  de prestige au service d’une autre renaissance, politique celle-là. La notion de Renaissance en France n’est pas liée seulement à l’idée d’un renouveau culturel comme on le conçoit aujourd’hui, mais aussi à un renouveau de l’Empire. Au service de l’idéologie impériale, se développe aussi une nouvelle imagerie du pouvoir habillée de mythologie antique. Parallèlement à cette renaissance politique, le renouveau des arts et des lettres s’appuie dans un premier temps sur l’imitation des modèles italien et antique. L’Italie, qui devient un modèle dans l’art comme dans les mœurs, n’est pas l’unique source d’inspiration. A la Flandre voisine, la France doit une conception plus individuelle de la dévotion, affranchie de la médiation des prêtres et développée dans le sillage du protestantisme flamand. A l’idéal guerrier et rustique du Moyen-Age, il substitue celui d’un esprit cultivé, aux manières et  à la conversation raffinées, capable de  goûter la beauté. A leur tour, les aristocrates se font mécènes.

 Les châteaux de la Loire incarnent le goût du jour, tout comme le réaménagement du château de Fontainebleau. Les jardins font également l’objet d’un attrait nouveau : on introduit la perspective, on agrémente les parterres de bosquets, labyrinthes, jeux d’eau. L’ascendant des modèles italiens est de même prégnant dans les lettres. Mais, dans ce domaine, comme en architecture, l’ancien côtoie le nouveau, les classiques grecs et latins avec la littérature du Moyen-Age. Parmi les auteurs antiques, Aristote, Sénèque et Platon jouissent d’un engouement particulier. Les prosateurs s’inspirent de Cicéron, tandis que les poètes imitent Virgile ou Pétrarque. Pour s’abreuver à la source, le voyage en Italie est devenu une étape incontournable, tout comme l’apprentissage des langues anciennes.

 Le règne d’Henri  2 (1547-1559) ouvre un nouveau chapitre de la Renaissance en France. L’admiration pour le modèle antique, qui avait prévalu durant la période précédente, se mue en une appropriation plus aboutie, marquée par un désir de dépassement et d’adaptation au contexte local. En architecture, se dessinent les prémices d’un nouveau style, qui s’épanouira au  17 e : le classicisme, synthèse des influences française et antique, dans un esprit d’épure et d’harmonie. L’inflexion est nette aussi dans les lettres ; autour de Ronsard et de Du Bellay, la poignée de poètes de la Pléiade mènent la charge contre l’italianisation du langage et des manières. La volonté de surpasser les modèles d’Italie est aussi perceptible sur le plan historique. A partir des années 1540, s’opère une reconstruction du passé national destiné à exalter le génie français. Les humanistes manifestent une curiosité grandissante pour les Francs, réhabilitant paradoxalement le Moyen-Age tant décrié auparavant pour son obscurantisme. L’éclat des productions littéraires et artistiques paraît d’autant plus remarquable qu’elles voient le jour dans un contexte assombri par les crispations religieuses autour de la Réforme. Dès les années 1520-1530, les humanistes sont sommés de choisir leur camp, et toute activité intellectuelle trop libre est bientôt  suspectée d’hérésie. La mort d’Henri 2 en 1559 et le début des guerres de religion marquent traditionnellement la fin de la Renaissance française.

2-La révolution artistique

a-Nouvelles perspectives : Au début du 15e siècle, les peintres et architectes italiens inventent la perspective centrale. Cette nouvelle technique de construction géométrique leur permet de donner l’illusion de la profondeur à des images planes et d’introduire plus de réalisme dans leurs œuvres. L’artiste de la Renaissance se désintéresse des reproductions symboliques du monde qui prévalaient jusqu’alors. Il cherche à le représenter tel qu’il le voit et non plus comme il le conçoit. L’invention de  la perspective centrale permettant la reproductibilité graphique des objets en trois dimensions, cette rupture détermine, au même titre que d’autres grandes découvertes de la Renaissance, un changement de la rationalité occidentale, qui, lui-même, autorise l’émergence du monde préindustriel et de la modernité. L’architecture connaît elle aussi une profonde mutation. A la Renaissance, les architectes italiens imposent une conception géométrique de l’espace, inspirée du traité de l’architecte romain Vitruve*, et qu’ils théorisent et diffusent dans les traités imprimés. Ils réalisent que leur discipline est aussi une question de représentation.

b-L’art et la manière : On divise traditionnellement la Renaissance artistique en deux périodes caractérisées par leur style : la première, classique, se développe en Italie entre 1430 et 1530. La deuxième, le maniérisme, naît à Florence et se répand en Europe de 1530 à la fin du siècle. Avec l’admiration pour les œuvres antiques, avec le désir de les égaler et peut-être de les surpasser, se manifeste une exigence accrue à deux niveaux : en premier lieu, celle de mieux figurer la diversité de la nature humaine. En deuxième lieu, les peintres de cette première Renaissance s’attachent à restituer l’impression de la profondeur de champ. Mais la perspective ne sert nullement à reproduire notre perception de la réalité : son but n’est pas le réalisme, mais l’illusion. L’art de cette Renaissance classique privilégie la lisibilité, la clarté, l’harmonie. Au début du 16e siècle, l’enthousiasme initial pour la perspective s’essouffle. A partir de 1520, se multiplient des évènements tragiques : le schisme entre protestants et catholiques, le sac de Rome* en 1527. Ce dernier évènement en particulier montre la fragilité de la culture. Après 1530, les peintres s’attachent plutôt à représenter le mouvement des corps et la violence des sentiments. Si les artistes de cette deuxième période tournent le dos à certains principes de la Renaissance classique, ce n’est pas seulement que l’esprit des temps a changé. C’est aussi en raison du rayonnement de Michel-Ange. Son œuvre est traversée par la conviction de l’inépuisable richesse du corps humain. Les peintres et sculpteurs actifs à partir de 1530 ont conscience de vivre une époque à la fois fragile et extraordinaire. Leur vénération envers Michel-Ange, mais aussi Raphaël, Léonard de Vinci, les amène à pousser à l’extrême leurs innovations. L’art maniériste sera ainsi caractérisé par l’outrance, l’accumulation, tant dans les postures, parfois complexes et forcées que dans les couleurs, acides et dissonantes. Ce mouvement ne se prolongera pas au-delà du 16e siècle. La Contre-Réforme tente de reconquérir le terrain perdu face aux protestants. L’art doit participer à cette entreprise.

c-Artistes universels : Durant le Moyen-Age, et au début de la Renaissance, le statut d’artiste n’existe pas. L’homme de l’art est un ouvrier ou un artisan qui s’intéresse à un art mécanique, appartenant à une guilde professionnelle et travaillant dans un atelier. La société du milieu du 14e siècle redécouvre les textes des philosophes antiques. Les artistes de la Renaissance s’en inspirent pour décréter que ni la connaissance, ni la science, ni l’art ne peuvent être cloisonnés .Les lieux qui concrétisent ce nouvel état d’esprit sont les académies qui se créent à Florence sur le modèle des écoles de philosophie grecque. Ces académies ont pour raison d’être de permettre l’expression d’un discours alternatif au dogme dominant, celui de l’Eglise et des aristotéliciens, prodigué par l’enseignement scolastique des universités. L’innovation principale de ces académies est la transversalité des compétences et des connaissances. La science évoquée par Léonard de Vinci recouvre de nombreux domaines. Elle doit en particulier permettre d’imiter la nature qui, selon les philosophes, néoplatoniciens, touche la perfection, donc la beauté. La quête de la perfection pousse les artistes à s’interroger sur un ordre mathématique, une sorte d’unité universelle. Léonard de Vinci en donne une célèbre représentation avec l’homme de Vitruve, architecte romain du 1e siècle, dont les proportions mises en équation, s’inscrivent dans un cercle et dans un carré. L’une des grandes querelles du 16e siècle est ainsi de savoir si la musique répond ou non à des lois mathématiques. Au crépuscule de la Renaissance, au début du 17 e, l’astronome Johannes Kepler s’interroge sur l’harmonie du monde et le lien qui unit le mouvement des planètes et la musique. La Renaissance a fait des artistes des hommes aux talents polyvalents, reconnus et sollicités par le pouvoir. La Pratique du mécénat se développe à partir du 16e siècle. Ayant quitté la stricte sphère religieuse, les arts s’épanouissent dans le domaine du profane et plus particulièrement au sein des palais qui privilégient le portrait et les représentations à l’antique. Les princes poussent également les artistes à mettre leur génie au service de la guerre. Tous les artistes de cette période n’atteignent cependant pas la notoriété qui leur offre de toucher à tous les domaines. Mais le Renaissance offre  à beaucoup une place unique dans la société.

Léonard de Vinci, un homme de son temps : (cf. annexe 3) artiste exceptionnel, il s’est trouvé en parfaite adéquation avec son époque. Son esprit foisonnant et pourtant méthodique, sa soif de découverte sont bien ceux de la Renaissance. Artiste, savant, architecte, urbaniste et ingénieur, chercheur (dans des domaines aussi variés que la botanique, l’hydrologie ou l’anatomie, il a poussé à l’extrême la polyvalence propre aux créateurs de cette époque. S’il fut alors admiré pour sa pensée, son érudition et ses qualités morales, c’est son immense talent de peintre que louèrent les générations suivantes avant que l’on ne redécouvre ses écrits et dessins à la fin du 19e siècle.

3-Le temps des découvertes

 Les bases des empires d’outre-mer sont jetées, et bientôt se met en place une économie mondiale dont l’Europe est l’unique instigateur et bénéficiaire. Mais au-delà des immenses retombées économiques, la reconnaissance des nouveaux mondes va bouleverser irrémédiablement les acquis et certitudes d’antan. Fin 15e, les Européens ont déjà rencontré la plupart des groupes humains de la planète, hormis ceux d’Australie et ceux de l’intérieur de l’Afrique. Ces sociétés de païens sont-elles moins légitimes que la société chrétienne ? A-t-on le droit moral de les convertir de force ?Autant de questions dérangeantes dont les autorités religieuses débattront, notamment lors de la controverse de Valladolid en 1550-15551.

a-La fabrique du progrès : Progrès technique et évolution artistique vont de pair. A l’époque, en effet, on mélange souvent arts et techniques. A partir du 14e siècle, les artistes manifestent un intérêt croissant pour le visage et le corps, délaissant le « monde des essences » pour « l’univers expérimental ». Les ingénieurs et artisans s’intéressent à « l’humble réalité », cherchant les moyens de rendre la vie d’ici-bas plus agréable en soulageant l’homme de ses tâches les plus ingrates, et tentant de répondre à tous ses besoins. Un formidable développement technologique et économique en résulte. Très en retard au 11e, l’Europe occidentale dépasse le monde musulman dès le 12e-13e, et la Chine au 14e-15e. Ces nouveaux Européens, plus raffinés, vont exercer une pression féconde sur les artisans, marchands et ingénieurs, qui vont devoir répondre à leurs besoins. Les moyens traditionnels de production ne suffisent plus. La gestion d’entreprises tentaculaires devient ardue sans optimisation des méthodes de gestion et de production. Une nouvelle comptabilité se met en place. De même, s’impose la nécessité de la mesure précise du temps. Au 14e siècle, la première horloge mécanique voit le jour. L’optimisation de la production semble bien avoir été un souci constant chez les industriels. L’u e des plus spectaculaires réussites de cette mécanisation de l’économie concerne le secteur de l’édition. Au 15e, l’imprimerie va pouvoir étancher la soif de pouvoir de la population, une population qui se cultive représente de nouveaux débouchés pour les artisans en matière de confort et de raffinement. La somme des progrès techniques réalisés à la Renaissance par l’Europe occidentale est si importante que l’on a pu y voir la première révolution industrielle de l’histoire.

b-le corps mis à nu : Avec la Renaissance, le regard porté sur le corps lui-même a profondément changé. Dans un contexte de formidable stimulation intellectuelle, médecins et artistes tentent de mettre au jour ses secrets, explorent ses entrailles. Leur examen entraîne une remise en cause des dogmes établis ainsi qu’un bouleversement des codes de leur représentation. « Science, art et technique communiaient dans l’humanisme et humanisme, science et technique communiaient dans l’art. » Vésale* publie un imposant traité d’anatomie en 1543. Il y affirme sa démarche scientifique : « défiance vis-à-vis des connaissances en vigueur, observation directe du cadavre et reproductibilité de l’observation fondée sur l’examen de plusieurs corps. » Ambroise Paré (1509-1590) applique à la chirurgie ses découvertes. Si l’anatomie médicale est tributaire de la représentation graphique, la création artistique est également liée aux progrès de la connaissance : l’une et l’autre se nourrissent mutuellement. Avec l’humanisme, une nouvelle place est accordée à l’individu. Le mythe du nombre d’or, applicable à l’architecture comme au corps est réactualisé. La perfection est recherchée dans un chiffre, une fraction, une équation mathématique. Les proportions du corps reflètent l’harmonie de la Création divine.

c-Les découvreurs de mondes

Chronologie

1402 : colonisation des Canaries par les Espagnols

1488 : les portugais découvrent le cap de Bonne-Espérance

1492 : découverte du « Nouveau Monde »(Bahamas, Cuba et Saint-Domingue) par Christophe Colomb

1494 : un traité partage les nouveaux territoires entre l’Espagne et le Portugal

1497 : l’italien Jean Cabot, au service de l’Angleterre, découvre la Terre-Neuve

1498 : Vasco de Gama débarque sur la côte occidentale de l’Inde

1519 : le Portugais Magellan, avec 5 bateaux, tente une circumnavigation pour le compte des Espagnols

1522 : à bord du Victoria , rescapé de l’expédition, Elcano achève le premier tour du monde (entamé par Magellan)

En moins de dix ans, entre le milieu du 15e et du 16e, l’espace du monde connu est multiplié par dix. Un continent et un océan sont découverts. Des hommes font pour la première fois le tour de la terre. Le Portugal et l’Espagne mènent la danse et vont jeter les jalons de l’histoire moderne. Face à l’écrasant monopole de Venise sur les épices, mûrit l’idée de contourner l’Afrique pour aller les collecter à la source, en Asie. Aux motivations économiques, vient  se superposer un état d’esprit issu du contexte politique. La lutte contre les royaumes islamiques de la péninsule a façonné le Portugal et l’Espagne. A l’heure où les Turcs ne cessent de marquer des points en Méditerranée orientale, il y a aussi ce rêve grandiose de contourner l’islam par le Sud et de prendre les infidèles en tenaille. En dépeignant un Ailleurs peuplé d’utopies et d’êtres merveilleux, le Moyen-Age va tenter la transgression des limites de l’univers antique, décrit, mesuré et balisé par les Anciens. L’afflux de capitaux privés va rendre possible cette envie d’ailleurs. Sur le plan technique, il n’y a pas vraiment de révolutions à l’origine des Grandes Découvertes mais plutôt une lente accumulation, un perfectionnement régulier et empirique des connaissances des marins méditerranéens du Moyen-Age. La carte, support indispensable à l’action politique ou commerciale, fait de sérieux progrès au cours du 15: dans un premier temps, on redécouvre le réservoir de connaissances des anciens grecs, notamment la géographie de Ptolémée qui affirme la rotondité de la Terre, établit un système de coordination pour tous les points d’une carte. Les Portugais ont su simplifier, dès le 14e, l’astrolabe des Arabes destiné surtout à l’astrologie et l’astronomie pour en faire un véritable instrument de navigation .La plus grande innovation reste sans doute l’introduction des caravelles au milieu du 15e. vers la fin de ce siècle, on lui préfère la nef, plus grande, plus haute. L’exploitation commerciale succède rapidement aux découvertes. Outre l’Espagne et le Portugal, la France, l’Angleterre et la Hollande entrent tardivement dans la course. Par ailleurs, un fossé définitif s’est instauré entre la géographie de l’Antiquité et les données collectées au cours des 14e et 15e.

d-Cosmos : la révolution couve : A la fin du Moyen-Age, la cosmologie géocentrique s’impose toujours dans le monde occidental. Imaginée par le philosophe grec Aristote au 4e siècle avant JC, elle fut perfectionnée par Ptolémée au 2e siècle grâce aux traductions  et commentaires arabes. L’étincelle qui ébranle le vieux corpus aristotélico-ptoléméen et ouvre la voie à Galilée, Kepler et Newton vient de Nicolas Copernic. En contradiction avec la Bible, il y formule pour la première fois l’hypothèse que tous les corps célestes tournent autour du soleil et que la terre, telle une toupie, effectue en plus une rotation complète sur elle-même en 24h, ce qui explique la succession des jours et des nuits. Les thèses coperniciennes, énergiquement condamnées par les réformés (Calvin, Luther…) peinent à se répandre dans les milieux cultivés. En cette deuxième moitié du 15e, rares sont les savants qui soutiennent l’héliocentrisme, d’autant que depuis le concile de Trente (1545-1564), le dogme est formel : dans tous les domaines, y compris la science, seule l’Eglise est habilitée à dire le vrai. L’italien Giordano Bruno* s’entiche plus franchement des travaux de Copernic, mais pour en tirer des  conséquences philosophiques. Il proclame que l’Univers est infini, qu’il existe une multitude de mondes habités et que notre planète n’est donc qu’une poussière dans l’espace. En cette fin de Renaissance, les preuves physiques  qui  établissent que la terre tourne autour du soleil, et non l’inverse, font gravement défaut, ce qui freine l’adoption du modèle copernicien. La philosophie d’Aristote, agrémentée d’une bonne dose de métaphysique, continue d’expliquer l’Univers. Les choses bougent grâce aux réflexions de Kepler et aux observations  de Galilée. En parallèle, grâce à la lunette qu’il se fabrique et pointe vers le firmament, Galilée découvre en 1609 que la lune est constellée de montagnes, de vallées et de cratères, que le soleil est couvert de taches etc…

 

 

 

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