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Liban
Histoire du Liban
L’Antiquité (période de 3000 av JC au 1e siècle)
La région est habitée depuis l’Antiquité, elle est décrite dans la Bible comme « la terre du lait et du miel ».
Le Liban a toujours attiré les conquérants en raison de ses abondantes ressources naturelles, des ports abrités qui jalonnent la côte et des possibilités défensives qu’offrent ses hauts sommets.
Le monde phénicien
Jbeil est la plus ancienne cité en pierres connue de l’humanité. (fondée au 3e millénaire avant JC)
Aux environs de 1200 av JC, les Phéniciens* fondèrent l’une des plus grandes civilisations du bassin méditerranéen, civilisation qui domina une grande partie de la Méditerranée grâce à l’esprit d’entreprise et au développement intellectuel émanant d’une série de cités-états indépendantes. Ils inventent le premier alphabet, avancée remarquable qui ouvrira la voie aux grandes œuvres de la Grèce ancienne.
Pour les Grecs, qui utilisèrent les premiers le nom de Phénicie, le territoire s’étendait sur la zone côtière comprise entre le mont Casius au Nord et Haïfa au Sud. A l’intérieur de cette zone, les cités d’Ougarit (Ras-Shamra), de Byblos (Jbeil), de Béryte (Beyrouth), de Sidon (Saïda) et de Tyr (Sour) constituaient les fameuses cités-états.
Les Phéniciens s’installèrent également sur les îles, grandes places stratégiques : la première vraie escale fut basée à Chypre (l’île du cuivre), dès le 9e siècle.
Après Chypre, les marins phéniciens s’aventurèrent dans l’archipel de la mer Egée (Crète etc…), à l’aube du premier millénaire.
On retrouvait les Phéniciens à Malte, en Sicile, en Tunisie (Carthage), pour arriver jusqu’en Espagne, le pays des métaux et des richesses (or et argent) ;
Les navires phéniciens allèrent aussi en Bretagne et en Cornouailles, à la recherche des mines d’étain.
De la conquête d’Alexandre à la colonisation romaine
Au premier millénaire avant JC, le Liban phénicien fut menacé par l’expansion des grands empires continentaux qui se succédèrent dans l’Orient ancien : Egypte, Assyrie, Empire néo-babylonien, puis Perse. Avec la conquête par Alexandre le Grand en 333 av JC, le Liban s’ouvre aux influences hellénistiques. La conquête romaine s’effectue au 1e siècle av JC.
De la naissance du christianisme au Liban médiéval
Période du 1e au 7e siècle jusqu’à l’arrivée de l’Islam
Progressivement christianisé à partir du 2e siècle, le Liban ne connut cependant pas un développement de ses communautés chrétiennes comparable à celles des provinces arabiques (Syrie, Jordanie, Arabie actuelles, Yémen).
La montagne libanaise servit également de refuge à partir du 11e siècle, au Sud à la communauté musulmane dissidente druze*.
L’Islam arriva au 8e siècle.
Période du 7e jusqu’au 19e siècle
Ce furent alors surtout des chiites* qui allèrent dominer après plusieurs guerres religieuses à cette époque, alors que les sunnites arrivèrent avec la conquête ottomane au 16e siècle.
Au 7e siècle, une reconquête chrétienne de la Terre Sainte a lieu en parallèle, le Liban ne tombant sous domination musulmane qu’après les Croisades.
L’Islam fut ainsi adopté par différents peuples tout autant en quête de philosophies existentielles que désireux de repousser la domination par l’Empire byzantin. Respectueux des autres croyances religieuses, ainsi que du droit de chacun de disposer comme il l’entendait de sa liberté de religion et de son opinion, c’était l’Islam tolérant.
Au 12e siècle, pendant la période des Croisades, le Liban était englobé dans les Etats latins du Levant : le nord appartenait au Comté de Tripoli et le sud (avec Tyr, Beyrouth et Sidon) relevait du Royaume de Jérusalem jusqu’en 1291.
Aussi, lors du retour des musulmans à la fin du 12e siècle, avec la reconquête par l’Islam des Etats latins d’orient, la communauté chrétienne dut subir des persécutions.
En effet, le Liban fut englobé en 1516 dans l’Empire ottoman*, même si l’administration turque ne s’exerça réellement que sur les ports et donc les côtes.
Cette histoire complexe explique la diversité linguistique actuelle du Liban. C’est la langue italienne qui s’implanta d’abord dans les ports libanais, l’influence commerciale des républiques de Venise et de Gênes étant déterminante entre les 13e et 17e siècles. Cependant, les capitulations signées entre François 1e puis ses successeurs et la Sublime Porte ( Empire turc) firent du roi de France le protecteur officiel des chrétiens d’Orient et permettent aux missions religieuses de se développer.
La présence française va permettre, avec la création du grand Liban par la Société des Nations après la Première Guerre mondiale, d’étendre l’enseignement du français. Le français et l’arabe sont reconnus comme langues officielles (1926).
Le Liban sous influence occidentale
Période de 1830 à 1918
Suite aux massacres des Maronites* par les Druzes de 1840 à 1860, les grandes puissances de l’époque (la France, la Grande-Bretagne, l’Autriche-Hongrie, la Russie, la Prusse) envoyèrent un corps expéditionnaire et obligèrent l’empire ottoman à créer une province autonome du Mont Liban en 1861. Elle devait être dirigée par un gouverneur, sujet ottoman chrétien, sous la surveillance des consuls européens.
La constitution de l’Etat moderne
Le mandat français
Peu après la 1e guerre mondiale, en 1920, la France obtient de la Société des Nations un mandat sur les régions syriennes du Levant. Le royaume de Syrie est proclamé, tout en réservant au Mont- Liban le statut de région autonome. Mais progressivement, le mouvement nationaliste arabe mobilise des intellectuels de Beyrouth et du Mont-Liban qui aspirent à l’indépendance de la Syrie, sous la direction d’un souverain arabe, tandis que d’autres, parmi lesquels les Maronites, pensent à un Etat libanais indépendant, protégé par ses liens privilégiés avec la France.
En 1925, le sud-est du Liban est touché par la révolte druze de Syrie.
Le début de l’indépendance
Après l’invasion du pays par les Alliés pendant la 2e guerre mondiale, les autorités françaises vichystes sont renversées et le Liban passe, comme la Syrie, sous le contrôle de la France libre.
En 1943, la France libre doit se résigner à libérer le gouvernement et à accorder l’indépendance au pays.
Développement et démocratie
En 1952, Camille Chamoun renforce les prérogatives présidentielles, et malgré le contexte régional et national pro-arabe, il infléchit la politique extérieure du Liban dans un sens pro-occidental, négligeant les sentiments des Libanais des classes pauvres. Il adhère même à la doctrine Eisenhower de coordination des forces antisoviétiques au Moyen-Orient rejetée par tous les autres pays arabes.
La crise de 1956-1958 au Liban
La pression monte. Les réfugiés palestiniens se sont alors déjà préparés à mener la guerre et à prendre le Liban à la place de la Palestine. Ils sont soutenus par le président égyptien et par le régime syrien. Il s’agit d’une décision plus internationale que locale avec, comme premier partenaire l’ancien régime soviétique (URSS) qui avait à l’époque de bonnes relations avec l’Etat d’Israël.
En 1958, Chamoun obtient le débarquement de marines américains qui assurent le triomphe de la contre-révolution menée par les Kataëb* (phalanges libanaises) chrétiens en majorité.
Le mandat de Chamoun a vu une renaissance culturelle et économique, une renaissance de la liberté d’expression et de celle de la presse, dont le Liban garde toujours la trace malgré la guerre de 17 ans.
A la fin du mandat de Chamoun, un général, unanimement respecté par les dictateurs arabes est élu. C’est une période de recul de la liberté et de mandat dit militaire.
Le chehabisme
Le nouveau président inaugure de meilleurs relations avec Nasser, et le Liban joue à plein son rôle de médiateur entre les Arabes, apaisant alors les revendications internes des musulmans et des druzes.
Le coup d’Etat de 1961
En 1961,le parti social nationaliste syrien tente un putsch.
La montée des périls (1966-1975), le problème palestinien
A partir de la fin des années 1960, la vie politique libanaise est entachée par des affaires de corruption généralisée de fonctionnaires, contraints de démissionner, et par les désaccords sur les thèmes de politique extérieure et traitement de la « résistance » palestinienne.
Les libanistes conservateurs chrétiens craignent pour la cohésion nationale, alors que les islamo-palestino-progressistes sont solidaires de la résistance.
Les milices commencent à s’armer progressivement, le clan pro-arabe étant soutenu par les Palestiniens, alors que les libanistes se tournent vers l’occident. Des vagues d’affrontements commencent, elles opposent la phalange* aux Palestiniens, et la phalange au mouvement national.
Le problème palestinien
Les camps de réfugiés servent en effet de bases d’entraînement militaire. Israël attend du Liban qu’il assure sa sécurité en contrôlant l’activité des Palestiniens sur son territoire, mais le Liban est trop faible pour résoudre le problème.
Après la guerre des Six Jours et l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël en 1967, puis surtout la répression jordanienne contre les fedayins* palestiniens en 1970 (connue sous le nom de Septembre Noir), la cause palestinienne s’enlise.
L’armée libanaise tente en 1969 de reprendre le contrôle des camps, mais elle est trop faible. Puis un accord est signé, reconnaissant l’extraterritorialité des camps de fedayins.
A la différence des Etats arabes voisins, au pouvoir fort, qui n’hésitent pas à traiter le problème palestinien de manière radicale, la présence des réfugiés palestiniens au Liban et surtout la lutte de l’OLP contre Israël deviennent le point principal de désaccord entre les deux grands blocs.
Pour se défendre contre les fedayins, l’armée israélienne lance de nombreuses opérations de représailles dans le Sud et jusqu’à Beyrouth. La population libanaise subit de plein fouet cette violence.
La guerre du Liban-1975-1990 (voir chapitre plus détaillé)
La reconstruction
Le Liban sous tutelle syrienne
(Période : 1990 à 2005)
La scène politique
En 1992, ont lieu les premières élections législatives depuis 1972, Rafic Hariri est élu premier ministre. Il tente de restaurer l’équilibre rompu par le boycott des élections par les chrétiens en incluant plus de chrétiens dans le gouvernement. La Syrie le dissuade alors de s’allier à l’opposition chrétienne.
Démarrage de la reconstruction
Le gouvernement de Rafic Hariri établit un plan de redressement économique et parvient à stabiliser la livre libanaise. Son projet prévoit de restaurer l’infrastructure sociale et économique.
La pierre angulaire de cette vaste opération est la reconstruction du centre-ville de Beyrouth. Le plan du gouvernement était de faire financer la reconstruction par des investisseurs privés, libanais et arabes.
Les conséquences sociales de la guerre
La guerre a conduit à l’effondrement de la classe moyenne et à une forte paupérisation de la population. Les infrastructures (transports, réseaux de distribution d’eau, d’électricité, téléphonie) ont été fortement endommagées. Les combats ont contraint à l’exil une partie de la bourgeoisie, privant le pays de ressources humaines et financières importantes.
Le Liban a perdu sa position de métropole économique du Moyen Orient d’avant 1975, principalement au profit de Dubaï et des pays du Golfe.
Le Liban depuis 1990
En 1990, à la suite des accords de Taëf*, les violences de la guerre prennent fin. Le régime syrien, avec l’accord tacite de la communauté internationale, installe un régime à son service en désignant présidents, ministres, députés et fonctionnaires selon ses intérêts. Un régime policier se met en place sous le mandat du président Emile Lahoud.
En 2000, l’armée d’occupation israélienne se retire du sud du Liban qu’Israël occupe depuis 1978. Le Hezbollah se pose alors comme le libérateur de cette région et apparaît ainsi comme la première force politique au Liban sans que les différents conflits internes au pays en soient résolus. C’est pourquoi en 2004, le Conseil de sécurité de l’ONU exige, par la résolution 1559*, de la Syrie de retirer ses forces du Liban. Elle demande aussi que soit mis fin aux activités militaires de la milice du Hezbollah et réclame le déploiement de l’armée libanaise sur l’ensemble de la frontière internationale avec Israël.
Cette résolution reste lettre morte.
En 2005, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri est tué dans un attentat. Cet attentat provoque une crise tant nationale qu’internationale puisqu’une partie des Libanais et la plupart des diplomates étrangers dénoncent l’implication de la Syrie. Toutefois ni la France, ni les Etats-Unis qui sont les deux puissances étrangères les plus impliquées dans la crise libanaise, ne mettent explicitement en cause la Syrie.
Une partie des Libanais manifestent contre la présence syrienne ; les manifestants, essentiellement sunnites, druzes et chrétiens, soutenus par les pays occidentaux, savent que la Syrie ne peut employer la manière forte sans s’exposer à des mesures militaires ou économiques de l’Union européenne ou des Etats-Unis.
L’essentiel de la crise tourne autour de la place de la Syrie dans la vie politique libanaise : alors que les forces syriennes se retirent lentement du Liban, l’opposition libanaise appelle à une nouvelle manifestation pour refuser l’occupation syrienne et le régime pro-syrien en place à Beyrouth. Le général Michel Aoun, qui avait déclaré en 1989 une guerre de libération contre l’envahisseur syrien, annonce son retour après 15 ans d’exil forcé en France.
En conséquence, la Syrie, après avoir déclaré à l’ONU son intention de retirer l’ensemble de ses forces et personnels de renseignement du Liban, avant les élections législatives libanaises devant se tenir en mai, commence à procéder à des replis remarqués.
Au mois d’avril, les forces armées syriennes semblent s’être retirées du Liban d’après une première inspection de l’ONU. Elle réserve sa réponse concernant les services de renseignements syriens pour lesquels une inspection plus poussée est nécessaire. Elle dénonce par ailleurs l’existence d’une liste noire dressée par la Syrie contre des opposants libanais.
En juin, ont lieu les élections législatives. La coalition anti-syrienne menée par Saad Hariri, le fils du Premier ministre assassiné, remporte la majorité des sièges. Une succession d’attentats ciblés va alors décapiter dans les mois qui suivent l’opposition anti-syrienne.
Les Etats-Unis demandent à l’ONU de mener une enquête internationale et des agents du FBI et des secrets français sont dépêchés sur place. L’ONU conclut à une implication quasi-certaine des services de renseignements syriens et libanais. La Syrie et le Président libanais Emile Lahoud, mis en cause dans le rapport démentent toute implication.
La crise connaît une accalmie relative après la fin 2005. En 2006, après plusieurs mois de négociations, les représentants du Courant Patriotique Libre et le Hezbollah signent un document d’entente nationale concernant l’avenir du Liban. Les principaux points de ce document sont actuellement repris dans tous les accords du dialogue national libanais toujours en cours.
Mais l’implication du Hezbollah dans la vie politique libanaise va provoquer une nouvelle crise. En juillet, en réponse à la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah à la frontière avec Israël, de violents combats éclatent entre les deux parties. Le Premier ministre de l’Etat hébreu rend le gouvernement libanais responsable de la dégradation de la situation. Israël ne déclare cependant pas la guerre à l’Etat libanais car la paix n’a jamais été signée depuis la première guerre israélo-arabe de 1948, le Liban et Israël n’ayant signé alors qu’un cessez-le-feu. La violence des bombardements provoquent la réaction du Conseil de sécurité de l’ONU et après la résolution 1701 l’envoi ou le renforcement des forces d’interposition de la FINUL (forces intérimaires des Nations Unies au Liban) et la trêve des combats à compter d’août 2006.
Les attentats ne s’interrompent pas pour autant. En décembre, l’opposition libanaise, principalement constituée du parti du Hezbollah, du mouvement Amal (milice musulmane en lien avec l’Iran) et du Courant Patriotique Libre organise un sit-in au centre-ville de Beyrouth au cours duquel ils demandent la constitution d’un gouvernement d’union nationale.
A partir de 2007, à la fin du mandat du président Emile Lahoud, le pays reste six mois sans président. A la suite de l’attaque des milices du Hezbollah et sympathisants des quartiers de Beyrouth Ouest (à prédominance sunnite), l’ensemble des partis a pris la décision d’élire un président consensuel et de former un gouvernement d’union nationale en attente du résultat des élections parlementaires du 7 juin 2009.
Le Liban depuis 2008
Le 25 mai 2008, le général Michel Sleiman, commandant en chef de l’armée, est élu à la présidence de la république libanaise.
Le 7 juin 2009, les élections législatives ont lieu. Deux camps s’affrontent : d’un côté la coalition conduite par Saad Hariri et son Courant du Futur (considéré comme pro-saoudien), de l’autre l’alliance du Hezbollah et du Courant Patriotique Libre de Michel Aoun. Saad Hariri remporte les élections.
Il est désigné président du Conseil des Ministres, mais abandonne, faute de majorité pour former son gouvernement. Puis le Parlement vote la confiance à Saad Hariri, le président Michel Sleiman le charge à nouveau de former un gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement est démissionnaire en 2011, suite à la démission de plus d’un tiers des ministres.
Son successeur est Najib Mikati.