Versailles: le pouvoir et la science

Publié le par marie m

Versailles : le pouvoir et la science

1-La science réinventée

Une nouvelle vision de la nature : le mécanisme : tous les phénomènes sont ramenés à des causes mécaniques et matérielles. Le corps humain n’échappe pas à cette vision alors que les scientifiques des siècles passés n’hésitaient pas à attribuer un but à des entités naturelles.

Une nouvelle approche des phénomènes : la mathématisation.

Une nouvelle méthode : l’expérimentation : les scientifiques ne font pas que recueillir les données de la nature, ils ont en tête une théorie qu’ils veulent vérifier : c’est une construction d’expériences.

Un nouveau cadre pour l’activité scientifique :les académies : le savant effectue ses recherches à la cour d’un prince ou dans une des nouvelles sociétés savantes. Les académies tiennent des réunions interdisciplinaires et un espace scientifique public s’ébauche.

Un changement d’Univers : du géocentrisme à l’héliocentrisme.

L’émergence du concept de progrès scientifique : peu à peu se forme l’idée que la science ne doit plus retrouver le savoir des Anciens (Grecs et Latins), mais le dépasser.

2-Repères

1643-1715 : dates du règne de Louis 14. Le roi règne réellement à partir de 1661.

1662-1663 : début des travaux d’aménagement du château par Louis 14, ils dureront 54 ans.

1665 : Colbert est nommé contrôleur général des Finances.

1666 : création de l’Académie royale des sciences de Paris.

1668 : fondation de l’observatoire de Paris.

1715-1774 : dates du règne de Louis 15. Le roi gouverne personnellement à partir de 1743.

1731 : fondation de l’Académie royale de chirurgie.

1741 : création de l’Ecole royale des ponts et chaussées

1774-1793 : Louis 16 monte sur le trône. Accusé de trahison, il sera jugé et condamné à mort par la Convention.

1776 : création de l’Académie royale de médecine.

1785-1788 : expédition de La Pérouse dans l’Atlantique et le Pacifique.

3-Ce que la science doit à Versailles

Une science d’Etat : la création de l’Académie des sciences illustre le projet de la monarchie absolue de placer l’ensemble de la vie culturelle sous sa tutelle. Les progrès scientifiques peuvent vite se traduire par le progrès technique. De plus, deux puissances rivales, les Médicis de Florence et l’Angleterre se dotent d’académies scientifiques, il est bon que la monarchie française en ait une comparable : la pratique de la science était un loisir lettré, elle devient un métier, ayant pour vocation de répondre aux attentes du corps social et politique. Le public lettré prend goût aux sciences, aux démonstrations et expériences. La culture scientifique se développe et c’est l’Académie qui en définit le contenu car elle détient le monopole d’impression des livres scientifiques dont elle assume elle-même la censure. La révolution viendra poser une question toujours d’actualité : les savants peuvent-ils être indépendants de l’Etat qu’ils servent ?

L’Observatoire de Paris : l’astronomie n’est pas une science nouvelle, mais cette discipline est en pleine évolution dans une période charnière entre la Renaissance et le Siècle des Lumières. De même, les bouleversements stylistiques du temps (la querelle des Anciens et des Modernes qui affecte jusqu’à l’architecture) vont marquer l’édification du premier grand bâtiment à usage scientifique du royaume. Par ailleurs, il existe des visées utilitaires à l’installation d’un observatoire : le pouvoir cherche à quadriller, mesurer son territoire et pense que les mesures et observations des astronomes vont être utiles à la navigation.

Enseignement et recherche : la voie royale de l’innovation : face à l’enseignement traditionnaliste de l’université de Paris, dominée par la faculté de théologie, le Collège royal et le Jardin du roi sont ouverts aux idées neuves. On y enseigne quatre disciplines nouvelles : l’hébreu, qui permet une lecture neuve de l’Ecriture sainte ; le grec,  pour un retour aux sources de l’humanisme ; les mathématiques, appliquées à la cosmographie ; l’arabe, qui permet la découverte des sciences de la civilisation musulmane, alors à son apogée. L’accès aux cours est totalement libre et gratuit. La volonté de diffusion des nouvelles connaissances par le pouvoir est réelle : c’est un exemple de ce qu’était la monarchie éclairée. Cette vocation universaliste est bien dans l’esprit de l’Encyclopédie. Elle se traduit par un désir de collection, de connaissance de la nature, de compréhension de l’ordre du monde.

Le potager du roi : Louis 14 s’est attaché les services de chercheurs en contact avec un réseau de scientifiques et qui réunissaient et amélioraient les connaissances agronomiques de l’époque. Le jardin établi n’est pas définitif mais un jardin d’essai, en perpétuel mouvement. Par exemple, la taille des arbres ne servait jusqu’à présent qu’à dessiner une belle forme. Désormais, le lien est fait entre la technique et le goût, le nombre de fruits.

La ménagerie royale : elle permet le développement d’une science nouvelle : l’anatomie comparée des animaux, avec une primauté accordée à la méthode expérimentale.

Cartographie : une carte de la France est dressée, qui s’intéresse autant à la géographie physique qu’à la géographie humaine du royaume.

Médecine : elle semble échapper à la révolution scientifique en cours. L’enseignement dispensé dans les facultés du royaume reste basé sur le savoir des Anciens. (théorie des humeurs : sang, bile, atrabile et flegme, pour l’équilibre desquels on pratique des saignées.) C’est dans le domaine de la chirurgie que les plus grands progrès sont réalisés.

 

 

4-Ce que Versailles doit à la science

Les étapes de la construction : Louis 14 construit son pouvoir royal en même temps que le château de Versailles. La première étape consiste à aplanir le terrain pour que Le Nôtre puisse créer ses jardins. Une question se pose alors : faut-il agrandir le vieux château ou le démolir pour mieux le reconstruire ? En 1677, Louis 14 annonce officiellement son intention de faire de Versailles la résidence de la Cour. La grande nouveauté, c’est la consultation fréquente de Colbert, puis de son successeur Louvois auprès de l’Académie royale des sciences et l’Académie royale d’architecture. Exemples : la mise au point d’une lunette de visée capable de mesurer les angles et les niveaux avec précision. Par ailleurs, l’académie d’architecture rend des rapports sur la qualité des matériaux.

Les fontaines de Versailles :  Louis 14 voulait faire de Versailles un palais agrémenté d’un parc dont les aménagements hydrauliques subliment la splendeur, cependant, les moyens techniques à la disposition des ingénieurs de l’époque restent rudimentaires.

Expériences et démonstrations : la science se donne en spectacle à Versailles. Les grandes expériences qui témoignent de l’intérêt du souverain pour les sciences relèvent d’une démonstration de puissance où s’incarne le rayonnement intellectuel de la France. Exemples : le premier vol aérostatique est expérimenté en 1783, des décharges électriques en 1746.

Les collections royales : la révolution scientifique commencée au 17e siècle ne s’est pas contentée de laisser à l’Histoire des instruments techniques aux performances innovantes. Le règne de Louis 15 voit l’apogée de la qualité artistique et scientifique des instruments des collections royales.

5-La science en marche

Quand l’Europe explorait le monde : les grandes expéditions : avec la prise de conscience que la connaissance et la compréhension du monde sont aussi des enjeux politiques, au 17 e siècle, la conquête des routes maritimes se double d’explorations scientifiques. La France, jusqu’alors restée un pays de tradition continentale, a entrepris l’implantation de comptoirs coloniaux en Orient et en Extrême Orient. A l’aube du siècle des Lumières, la science se libère peu à peu de la mainmise de l’Eglise, et notamment des Jésuites. Avec la création de l’Académie de marine en 1752, la construction des navires se rationalise. Si la cartographie reste l’un des buts premiers des grandes explorations, elle s’accompagne aussi de la compréhension des phénomènes astronomiques. Les courses en mer sont amenées à jouer un rôle politique dans la domination des océans et plus particulièrement du Pacifique. Louis 16 se passionne pour la mer et la géographie. A La Pérouse est confiée une expédition ambitieuse en 1785 : les recommandations formulées par l’Académie des sciences concernent les domaines politique, économique, militaire, botanique, zoologique, météorologique mais l’expédition s’abîme en mer…

Le secret de la longitude : depuis le 16 e siècle, les marins se heurtent à l’entêtant problème de la longitude : on sait parfaitement calculer la latitude en observant la hauteur du soleil sur l’horizon. Etats et marchands comprennent que le secret de la longitude recèle un formidable avantage stratégique. Cette quête va générer dans l’Europe entière de spectaculaires progrès : les dimensions exactes de la Terre, l’analyse des mouvements de la Lune, la cartographie systématique des Cieux.

L’astronomie et la nouvelle cohésion du monde : fin 17e, on a découvert que la Terre et les planètes tournent autour du soleil, puis un siècle durant, deux théories vont s’affronter, susciter la controverse : la loi de la gravitation établie par Newton supplantera la théorie des tourbillons de Descartes. Cette loi est responsable de la chute des corps terrestres, du mouvement des corps célestes et de l’attraction entre des corps ayant une masse.

6-Bouleversements

L’astronomie a donc changé de visage : elle gagne le statut de science reposant sur des lois et se distinguant clairement de l’astrologie. La transition d’un monde clos à un univers ouvert et infini constitue un bouleversement dont on perçoit les conséquences sur le plan scientifique, mais qui s’étendra aussi aux domaines religieux et politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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