le moyen orient au 20e siècle

Publié le par marie m

Le Moyen-Orient au 20e siècle

 

1-La naissance du sionisme en Palestine

Le sionisme est l’expression politique de la volonté des Juifs d’Europe de créer un Etat pour le peuple juif. L’apparition de l’Etat-nation moderne, à partir de la fin du 18e siècle, pose comme principe souverain le concept d’égalité politique. Les premiers pogroms, massacres de Juifs, éclatent dans les années 1880 dans la Russie tsariste et sont suivis de l’établissement de législations antisémites.

1-L’apparition du sionisme

C’est dans ce contexte que se situe l’action de Theodor Herzl. Il publie en 1896 « l’Etat des Juifs », ouvrage qui reprend les thèmes sionistes. Il parvient à organiser à Bâle le premier congrès sioniste mondial en 1897. Il y définit précisément son programme : les Juifs doivent établir en Palestine un « foyer », dont l’existence sera garantie par le droit international. Cette conception est appelée le sionisme politique.

2-La présence juive en Palestine avant 1914

Les premières implantations juives en Palestine sont l’œuvre de l’Alliance israélite universelle, organisme français créé en 1864. L’Alliance s’est donnée pour but la régénération des populations juives d’Orient, de Palestine, en créant des écoles. Les premiers immigrants sont orientés vers des colonies agricoles.

3-Les premières réactions arabes

En 1908, des émeutes éclatent à Jaffa, entre Juifs et Arabes. Ces derniers sont choqués par les mœurs des nouveaux venus. De plus, afin de renforcer l’implantation juive, les colons réclament l’arrêt de l’emploi des ouvriers arabes dans les colonies. C’est l’un des traits marquants de la politique sioniste qui apparaît déjà : négocier avec les Arabes de l’extérieur par-dessus ceux de Palestine.

2-Le Moyen-Orient dans la première guerre mondiale : la déclaration Balfour

1-Le sionisme et la guerre

Le sort du monde juif occupe une place importante dans la « guerre idéologique » que les belligérants se livrent durant le premier conflit mondial. La France et la Grande-Bretagne se présentent comme les champions du droit et de la liberté des peuples mais voient leur position affaiblie par la nature autocratique de leur alliée, la Russie. Au contraire, l’Allemagne protège les communautés juives en Palestine contre une éventuelle répression des autorités ottomanes. L’Allemagne d’un côté, la France et la Grande-Bretagne de l’autre, se livrent à une véritable guerre de propagande auprès des communautés juives américaines. Par ailleurs, l’organisation sioniste a proclamé sa neutralité au début de la guerre.

 

 

2-La déclaration Balfour

En 1914, Lord Balfour se montre intéressé par les projets sionistes de formation d’une « nation juive » en Palestine. En 1916, Lord Balfour prend la direction des Affaires étrangères au sein du cabinet formé par Lloyd George. Ce dernier est favorable à une action militaire d’envergure en Palestine, qui constituerait une zone tampon entre la Syrie française et l’Egypte. En 1917, un projet de déclaration est britannique est rédigé. Le gouvernement y affirmerait être favorable à un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, sous un protectorat à définir. L’immigration juive y serait libre et « l’autonomie de la nationalité juive » garantie, étant entendu que « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine. » Les sionistes ont donc obtenu un engagement écrit britannique avant les Arabes et dont ils peuvent se prémunir dans la lutte pour la Palestine qui va s’ouvrir, les Arabes n’étant définis qu’en tant que « collectivités non juives ».

3-L’émancipation du Moyen-Orient( 1930-1945) : l’Islam politique entre les deux guerres

L’islamisme peut alors se définir comme la volonté de faire du mouvement religieux islamique le fondement de l’organisation politique et sociale de la société moderne. En ce sens, il s’agit d’un courant réformiste qui s’inscrit dans la modernité et non d’une volonté archaïsante de retour en arrière.

1-La question du califat

Traditionnellement, dans le monde musulman, le califat obéit à deux définitions. Dans la première, le calife peut décider dans tous les domaines y compris la définition des grands principes religieux. Dans la seconde, plus modérée, le calife a pour fonction principale de veiller à l’application de la loi islamique, en consultation avec les experts en sciences religieuses. L’université religieuse convoque un congrès général islamique au Caire en 1926. Le congrès donne une nouvelle définition de la nature et de la fonction de cette magistrature. Il affirme dans ses résolutions finales que le califat islamique est conforme à la loi islamique et donc réalisable. L’Islam serait ainsi dirigé par un « gouvernement califal » ou « Etat islamique ». Cette proposition constitue un tournant dans l’histoire de l’Islam, la conception d’Etat étant absent de la loi islamique.

2-Les frères musulmans

Ce mouvement naît d’une contestation populaire du processus d’occidentalisation de l’Egypte. L’originalité du mouvement est de se doter, parmi les premiers mouvements politiques arabes, d’un programme économique et social. Ce système doit reposer sur un Etat fort et interventionniste. Pour les frères, il n’y a pas de différentes nationalités en Islam mais ils reconnaissent une certaine primauté des Arabes. L’unité arabe leur apparaît comme la première étape vers l’unité des musulmans.

4-Le Moyen-Orient en 1945

Le Moyen-Orient en 1945 est une région du monde largement émancipée : Syrie et Liban accèdent à l’indépendance complète ; Irak et Egypte peuvent être considérés comme quasiment affranchis de la domination occidentale ; l’Arabie Saoudite est un Etat souverain ; seules la Palestine et la Transjordanie restent sous la tutelle de la Grande-Bretagne. En 1945, les principaux Etats arabes entrent à l’ONU, ils s’organisent sur le plan régional avec la création de la Ligue des Etats arabes. Bientôt, certains vont jouer un rôle dans l’émergence politique du Tiers-Monde et dans les mouvements de décolonisation.

1-La fin du leadership franco-britannique

La France cherche à garder une position privilégiée en Syrie et au Liban ; il en résulte des affrontements avec la population. Son image reste ternie après 1945 par le maintien de sa domination coloniale en Afrique du Nord. La Grande-Bretagne a réussi à favoriser l’émancipation des pays arabes sous son influence tout en préservant ses intérêts stratégiques : canal de Suez, bases militaires, exploitation pétrolière etc…Elle maintient son protectorat sur l’ensemble des émirats arabes du Golfe et sur le Yémen du Sud. Mais elle pense transférer la gestion de certains dossiers à une autre puissance du fait de sa situation financière ; d’où l’essor de la présence américaine au Moyen-Orient.

2-L’unité arabe face aux Etats

La nationalité arabe se définit par une langue et une histoire communes. Les appartenances religieuses sont secondaires dans cette définition .Cependant, les pays arabes luttent entre eux pour obtenir la direction du nationalisme arabe. La LEA (ligue des Etats arabes) est créée en 1945, mais elle réunit avant tout des états souverains : il n’existe pas de projet fédéral visant à réunir les pays arabes dans une communauté politique.

3-Le déclin des élites politiques traditionnelles

Il est impulsé par l’apparition de nouvelles forces sociales (montée en force des classes moyennes, exode rural) et de nouvelles forces politiques : de nouveaux partis réclament une véritable unité arabe et s’appuyant sur un programme économique et social inspiré du socialisme. Par ailleurs, le libéralisme politique est remis en cause, discrédité par la corruption de l’Etat. Il est aussi l’idéologie de la France et de la Grande-Bretagne et donc assimilé au colonialisme. Il existe alors un attrait des forces nouvelles pour des régimes comme l’URSS.

5- Le Moyen-Orient à l’heure du premier conflit israélo-arabe (1945-52) : la question des réfugiés palestiniens

1-L’exode des Palestiniens

La fuite des populations palestiniennes de la partie juive du plan de partage de la Palestine est implicitement contenue dans les vues stratégiques sionistes. La population arabe est expulsée par l’armée israélienne au cours de la guerre des Dix Jours. Elle se réfugie essentiellement dans la bande de Gaza. Dans le même temps, la conquête israélienne de la Galilée entraîne l’exode vers le Liban.

2- L’internationalisation de la question des réfugiés

En dépit des négations israéliennes, le problème des réfugiés mobilise la communauté internationale. Pendant de nombreuses années, la question palestinienne ne va être vue et abordée qu’à travers celles des réfugiés. Dans les textes internationaux, on mentionne le droit des réfugiés au retour sans jamais parler de peuple palestinien.

6-Le Moyen-Orient entre guerre froide et révolutions nationales (1952-67) : la création de l’OPEP

Dans les années 1950, l’Orient arabe est confronté à des défis externes et internes : la région est convoitée par l’URSS, les Etats-Unis définissent en retour l’Orient arabe comme une nouvelle zone de refoulement de l’expansionnisme soviétique. Leurs intérêts ne sont pas seulement idéologiques. Le pétrole occupe désormais une place privilégiée dans la politique. Les deux Grands doivent composer avec l’évolution interne des pays arabes et la radicalisation d’un certain nombre d’entre eux.

1-La révolution pétrolière des années 1950

Cet essor profite d’abord aux compagnies occidentales installées dans la région moyenne-orientale dans l’entre-deux-guerres, mais, peu à peu, les pays arabes regagnent leur indépendance. L’essor des revenus pétroliers permet aux pays producteurs de se lancer dans des politiques nationales de modernisation de l’économie et de la société. Les pays pétroliers forment désormais des cadres locaux capables de concurrencer les compagnies occidentales sur le plan commercial, puis sur le plan technique.

2-L’OPEP

La concurrence des compagnies indépendantes a pour conséquence une hausse de la production mondiale qui dépasse la demande et accélère la chute des prix. Les principaux pays exportateurs se réunissent et constituent en 1960 l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole.

3-L’apparition de l’arme pétrolière

Pour la première fois en 1967, lors de la guerre des Six Jours, l’arme pétrolière est brandie par les Etats arabes producteurs et se traduit par un embargo des livraisons de pétrole vers les pays soutenant l’action israélienne. Conscients de la dépendance pétrolière croissante des économies occidentales, les Etats arabes producteurs font du pétrole un enjeu à la fois économique et politique. Le pétrole constitue un des symboles du processus de décolonisation et d’affranchissement vis-à-vis de l’Occident, avec la récupération progressive par les pays arabes de leurs ressources nationales.

7-La remise en question de l’arabisme (1979-1991)

La fin des années 1970 se traduit par un affaiblissement du message arabiste au Moyen-Orient. La guerre civile libanaise a mis un terme à l’idée de l’unité arabe. La révolution iranienne consacre l’essor de l’Islam politique comme idéologie de rechange à l’arabisme. On assiste à une fermeture des Etats arabes sur leurs affaires internes.

1-L’essor de l’Islam politique

Les grands courants de l’Islam politique contemporain :

-Les frères musulmans (Egypte) : l’organisation est en rupture avec l’islam officiel et en conflit avec les autorités religieuses traditionnelles.

-Le wahhabisme : ce mouvement puritaniste est la religion officielle de l’Arabie saoudite. Depuis les années 1960, les Etats-Unis soutiennent cette politique de prédication qui leur apparaît comme un excellent moyen de combattre l’arabisme révolutionnaire et le marxisme et comme un facteur de stabilité politique au Moyen-Orient. Le wahhabisme recherche la restauration d’un ordre traditionnel fondé sur les relations entre religieux et pouvoir monarchique.

-Le maududisme : l’Islam pakistanais a surtout à l’origine une vocation identitaire nationale face à l’hindouisme. Selon ce mouvement, l’Islam doit être totalitaire, à l’image du fascisme et du communisme. Le fondement de ce régime serait l’application exclusive de la loi religieuse. Il a beaucoup influencé la résistance afghane à l’occupation soviétique (1979). L’Islam pakistanais a aussi engendré des mouvements confrériques prédicateurs et fondamentalistes financés par l’Arabie saoudite et aidés par les Etats-Unis.

-Le chi’isme révolutionnaire : en raison de la croyance en un imam caché, les chi’ites ne reconnaissent aucune légitimité au pouvoir en place. Dans les années 1960, en Irak, les religieux ont élaboré tout un corpus doctrinal destiné à répondre aux défis du monde contemporain. L’ayatollah Khomeiny affirme que seuls les religieux sont compétents pour mettre en place uen République islamique.

2-La guerre Iran-Irak

En 1990, le projet de charte panarabe de Saddam Hussein est interprété en Iran comme une véritable menace : refus d’admettre sur le sol de la patrie arabe des forces étrangères, interdiction du recours à la force entre les Etats arabes, utilisation de la force envers les pays voisins de la patrie arabe pour la défense du monde arabe, solidarité de tous les pays arabes contre une agression, respect des règles internationales d’utilisation des eaux, de l’espace aérien et des frontières, développement des relations économiques entre les pays arabes, rôle dirigeant de l’Irak dans le projet panarabe. Après l’attaque surprise lancée par l’Irak sur l’Iran, Khomeiny ambitionne de renverser le régime et d’établir à sa place une République islamique.

Durant le début des années 1980, la guerre Iran-Irak acquiert une résonnance de plus en plus internationale. On peut distinguer plusieurs conséquences externes du conflit :

-la solidarité des pays arabes du Golfe : les monarchies pétrolières craignent la subversion politique de l’Iran, mais s’inquiètent également des conséquences régionales d’une victoire de l’Irak. Les émirats, Oman et l’Arabie saoudite forment le conseil de coopération du Golfe (CCG) en 1981. Après les défaites irakiennes de 1982, l’expansionnisme iranien devient le principal danger. Les monarchies décident de subventionner l’effort de guerre irakien.

-la guerre économique : en 1985, l’Iran prépare de petites offensives sur des points précis. Toujours sur la défensive, l’Irak réplique par la guerre économique : de nombreux raids aériens sont lancés contre les installations pétrolières iraniennes dans le Golfe. Téhéran décide de s’en prendre au trafic international des pétroliers dans le Golfe.

-l’intervention occidentale : les premières victimes de cette stratégie sont les émirats riverains du Golfe, notamment le Koweït. Les Etats-Unis commencent à protéger les navires marchands dans le Golfe au printemps 1987. La résolution 598 est adoptée par le Conseil de sécurité. Elle demande un cessez-le-feu et le retrait des forces belligérantes derrière les frontières internationales, la libération des prisonniers de guerre, l’instauration d’une médiation onusienne. En dépit des initiatives internationales, la guerre des pétroliers se poursuit.

3-La guerre du Liban

Au début des années 1980, les milices des différentes parties libanaises deviennent rapidement les principales forces et remettent en question les pouvoirs traditionnels. Les forces libanaises (FL) entreprennent d’unifier par la force les milices chrétiennes. Dans le camp musulman, la montée en force de l’OLP relance les combats au Liban-Sud. A partir de la fin des années 1970, les chefs chrétiens préconisent une alliance avec Israël. Le rapprochement israélo-chrétien inquiète la Syrie. Damas se rapproche de l’OLP. L’action israélienne en 1981 au Liban est soutenue par l’administration Reagan qui voit dans la Syrie le dernier rempart contre l’influence soviétique au Moyen-Orient. En 1982, l’armée israélienne entreprend l’opération « Paix pour la Galilée » et envahit le Liban avec pour buts :

-La liquidation de la menace syrienne

-La liquidation des poches de résistance palestiniennes au Liban-Sud

-Le siège de Beyrouth-Ouest où se trouvent les principaux centres de décision de la résistance palestinienne mais la responsabilité d’Israël étant mise en cause, de grandes manifestations populaires se déroulent en Israël tandis que les protestations internationales se multiplient. S’ensuit un enlisement israélien, l’essor politique et militaire des chi’ites.

 Les années 1986-1987 vient la multiplication des affrontements entre milices rivales. L’armée syrienne intervient pour rétablir l’ordre. La personnalité du général Aoun nommé premier ministre en 1988 jouit d’une popularité grandissante directement liée à son opposition à la présence syrienne et à son hostilité à l’ordre milicien. Mais Aoun, sentant qu’il ne pourra mettre fin à la présence syrienne, recherche une intervention internationale jusqu’à la signature des accords de Taëf en 1990 proclamant l’indépendance du Liban, république démocratique et parlementaire et sa triple appartenance à la LEA, aux Nations Unies et au mouvement des non-alignés.

4-Les nouveaux enjeux de la question palestinienne

En 1981, l’Arabie saoudite propose un plan de paix pour le Moyen-Orient, fondé sur les résolutions de l’ONU. Elle demande que les Etats-Unis fassent pression sur Israël et reconnaissent les droits nationaux du peuple palestinien. Les principes qui doivent guider la paix sont les suivants : retrait d’Israël de tous les territoires occupés en 1967, y compris la Jérusalem arabe, démantèlement  de toutes les colonies de peuplement dans les territoires occupés, garantie de la liberté de culte et d’accomplissement des rites de toutes les religions dans les Lieux Saints, reconnaissance du droit des Palestiniens au retour, placement de la Cisjordanie et de Gaza sous tutelle onusienne, création d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale, reconnaissance de tous les états de la région à vivre en paix. C’est un échec.

En 1982, c’est au tour de Reagan de proposer un plan de paix, basé sur les principes des accords de Camp David : totale autonomie des Palestiniens des territoires occupés pour régler leurs propres affaires, principe d’autogouvernement des habitants des territoires, élection libre d’une autorité palestinienne autogestionnaire. Les Palestiniens et Israël refusent.

En 1984, le principe d’une action coordonnée avec la Jordanie est affirmé. Il souligne la nouvelle modération de l’OLP. L’OLP reconnaît toutes les résolutions de l’ONU et propose  « la terre contre la paix ». Mais cet accord ne fait pas l’unanimité.

En 1988, l’option jordanienne est définitivement enterrée lorsque le roi Hussein annonce le désengagement total de la Jordanie des territoires occupés. Le régime d’Amman cesse d’exercer une tutelle sur ces derniers et crée ainsi un vide politique profitable aux Palestiniens.

Le fait majeur de l’histoire palestinienne dans les années 1980 est l’essor des « Palestiniens de l’intérieur », c’est-à-dire ceux des territoires occupés, ainsi que des divisions au sein de l’OLP. En marge, de nouveaux acteurs locaux, plus radicaux, émergent. Il s’agit des organisations islamistes palestiniennes. L’organisation la plus célèbre est alors le Jihad islamique. Ce dernier reprend la rhétorique révolutionnaire et anti-impérialiste des mouvements de gauche des années 1960. Il veut la libération totale de la Palestine par la lutte armée.

En 1987, c’est le début de l’Intifadah ou « guerre des pierres ». Peu à peu, sous l’effet de l’action des Palestiniens, les territoires occupés cessent d’être une source de revenus pour les Israéliens et deviennent une charge financière. EN 1988, l’OLP demande un dialogue direct israélo-palestinien dans le cadre d’une conférence internationale. L’Intifadah rehausse le prestige de l’OLP dans le monde arabe, alors que la question palestinienne avait tendance à passer au rang secondaire des préoccupations des sommets arabes. L’organisation devient un interlocuteur privilégié des régimes en place. Bénéficiant d’un fort soutien régional, Arafat décide de mettre en œuvre sa politique de modération. Arafat accepte l’existence d’Israël et dénonce l’action terroriste. L’OLP tente d’ériger les Etats-Unis en médiateur mais ils refusent et poussent au dialogue direct. Devant l’intransigeance israélienne, Washington se décide finalement à proposer un plan. Mais c’est l’impasse.

5-La guerre du Golfe

Du fait de la fin de la guerre froide au début des années 1990, les Etats-Unis restent seuls en lice au Moyen-Orient. Désormais, il n’y a plus d’Etats arabes à faire obstacle à la politique américaine. La fin de la guerre froide entraîne un processus inattendu d’émigration des Juifs soviétiques vers Israël. En Irak, la reconstruction est bloquée par l’endettement vis-à-vis des monarchies pétrolières. La politique irakienne repose sur un maintien et un renforcement de l’appareil militaire. Les Etats-Unis soutiennent cette orientation mais refusent que l’Irak se dote d’armes non conventionnelles. Au début des années 1990, les autorités irakiennes relancent la question des frontières avec le Koweït. Le 2 août, l’armée irakienne envahit l’émirat, puis les zones neutres séparant l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite. L’annexion du Koweït est source de plusieurs craintes de la part de la communauté internationale. D’une part l’épisode risque de former un précédent dangereux pour beaucoup de pays connaissant des problèmes de revendications rivales de frontières. D’autre part, en s’emparant du Koweït, l’Irak met la main sur une des plus grandes ressources pétrolières du monde et peut dicter sa loi sur le marché international. Face à la crise du Golfe, le monde arabe est divisé. Mais les Etats-Unis font pression sur les pays arabes pour abandonner toute solution diplomatique. Le déploiement de l’opération « bouclier du désert » (déploiement militaire américain sur le territoire saoudien) met fin aux tractations diplomatiques. Le discours de Saddam Hussein a toutefois un impact important sur les opinions publiques. Sa volonté de partage des richesses arabes et de rééquilibrage entre les riches et les pauvres rencontre la satisfaction des masses arabes. Saddam tient également un discours religieux de guerre sainte contre l’impérialisme américain et lie le conflit israélo-arabe et la crise du Koweït en promettant un arrangement si Israël quitte les territoires occupés. En Novembre 1990, l’Arabie saoudite est solidement défendue par les forces de la coalition. La libération du Koweït est la deuxième phase des opérations. Le concept stratégique essentiel de l’armée américaine repose sur l’économie des vies humaines (zéro killing) mais l’offensive aérienne « tempête du désert » est déclenchée en 1991 (soldats américains, britanniques, français, canadiens, italiens, saoudiens, égyptiens, syriens, marocains, pakistanais) ; s’ensuit une offensive terrestre qui dure 4 jours et libère le Koweït.

8-Le Moyen-Orient dans les années 1990

1-Les Etats-Unis et la question irakienne 

 La guerre du Golfe s’achève sur l’absence d’une solution à la question irakienne. Les Etats-Unis n’ont jamais envisagé d’aller jusqu’à Bagdad et réduisent leur intervention à la seule libération du Koweït. La volonté de maintenir le régime de Saddam Hussein est motivée par la peur d’une déstabilisation politique profonde de l’Irak, soit interne (soulèvement chi’ite), soit externe (intervention iranienne). La même situation d’insurrection contre le régime éclate au Nord, dans les régions kurdes. Une zone d’exclusion aérienne est créée au Nord et les régions kurdes acquièrent une autonomie de fait, renforcée par les négociations entre les mouvements kurdes et le régime irakien. Mais les Kurdes ne parviennent pas à obtenir plus, à savoir l’indépendance. En revanche, l’opération permet le retour des réfugiés kurdes. Jusqu’en 1998, s’ensuit un renforcement du régime irakien et toujours la discorde kurde, malgré la présence des experts de l’ONU qui mènent une enquête de plus en plus vaste, entraînant une ingérence importante dans les affaires intérieures irakiennes.

2-Le processus de paix israélo-arabe

La crise du Golfe a popularisé le lien entre libération du Koweït par l’Irak et celle des territoires occupés par Israël. En 1991, une conférence de paix s’ouvre à Madrid. La délégation palestinienne demande un transfert rapide des compétences dans les domaines économique et politique : souveraineté sur la terre, l’eau et les différentes ressources naturelles, les questions de population et de nationalité, celles des institutions législative et judiciaire. La délégation israélienne demande la fin de tout acte de violence et affirme vouloir poursuivre la politique de colonisation. Les tensions entre les délégations sont fortes, notamment entre Syrie et Israël, qui s’accusent mutuellement d’être des Etats terroristes. Les négociations se poursuivent à Washington. En 1992,  Israël bénéficie du soutien inconditionnel du gouvernement américain. L’autonomie palestinienne est conçue comme une délégation des pouvoirs des autorités israéliennes. Parallèlement, une négociation s’ouvre à Oslo, l’OLP exerçant une forte influence sur la délégation palestinienne. Une déclaration de principes est signée en 1993. Cependant, l’application des accords israélo-palestiniens est difficile : Arafat doit affronter de fortes oppositions aux accords au sein de l’OLP. Du côté israélien, les militaires et administrateurs des territoires occupés protestent contre un accord dont ils ont été tenus à l’écart. Dans les territoires occupés, le Hamas mène l’opposition aux accords de paix et poursuit l’Intifadah. Les colons juifs refusent de leur côté les garanties de sécurité formulées par Rabin ; Ils sont soutenus par le Likoud, la droite israélienne. La violence dans les territoires occupés ne s’est jamais interrompue, en dépit du processus de paix. Après le Maroc, la Tunisie décide en 1994 d’établir des relations diplomatiques avec Israël. De leur côté, les pays du Golfe lève partiellement le boycott économique sur l’Etat hébreu et l’Arabie saoudite approuve publiquement le processus de paix, un accord de paix israélo-jordanien est signé.

3- Les Etats arabes après la guerre du Golfe

a-La reconstruction libanaise : c’est sous tutelle syrienne que commence la reconstruction du pays : restauration de l’autorité de l’Etat, qui passe par la mise en place d’une armée forte. En 1992, la stabilisation politique est rétablie au Liban. La liberté de mouvement est à nouveau possible, sauf au Liban-Sud. L’état hébreu n’accorde aucun crédit à la reconstruction libanaise. Pour lui, le Liban est un Etat qui n’existe pas et qui dépend de la Syrie. La milice du Hezbollah, présente dans le Sud, n’a pas été désarmée. Elle se lance dans une guérilla contre l’armée israélienne. Le mécontentement populaire s’amplifie avec la crise monétaire de 1992, le gouvernement donne sa démission. Des élections législatives, les premières depuis 1972 ont lieu.

b-L’Egypte entre autoritarisme et libéralisme : suite à l’engagement de l’Egypte dans la guerre du Golfe, les Etats-Unis effacent une grande partie de la dette civile et militaire. Le régime se lance dans un vaste programme de libéralisation. Le revenu national progresse mais le revenu est mal réparti et le taux de chômage est très important. Cette situation entraîne un mouvement de contestation dont bénéficient les mouvements islamistes. La répression du régime est forte et s’appuie sur l’Islam institutionnel. La conséquence en est une dogmatisation religieuse du régime, entraînant un déclin de la liberté de pensée.

c-La difficile libéralisation de la Syrie : Assad maintient une politique d’ouverture économique avec accueil des investissements privés. Sur le plan international, la Syrie maintient son indépendance économique et refuse toute initiative des institutions financières internationales.

d-La péninsule arabique à l’heure des bilans : en 1991, l’Arabie saoudite connaît une crise financière, accentuée par des achats massifs et inconsidérés d’armements par le régime, ainsi que par la dépense de sommes considérables pour l’entretien de la monarchie. Le pouvoir absolu de cette dernière est de plus en plus ouvertement critiqué. On l’accuse d’avoir fait du pays un protectorat américain. Le bilan de l’occupation irakienne au Koweït est lourd : incendies des puits de pétrole, déversement des barils dans le Golfe, actes de pillage de l’armée irakienne, minage du pays. De part et d’autre de la frontière irako-koweïtienne, une force de surveillance de l’ONU a été installée. Le contentieux frontalier irako-koweïtien demeure un objet de tension entre les deux pays. D’autre part, la question du partage des dividendes pétroliers est d toujours d’actualité.

9-Le Moyen-Orient au début du 21e siècle

Le Moyen-Orient entre dans le 21e siècle en donnant l’image d’une singulière permanence des problèmes qui ont traversé ce siècle. Principaux animateurs de la coalition anti-irakienne, les Etats-Unis ont tiré un bénéfice politique et stratégique de la guerre. D’autant plus que cette dernière a symbolisé l’effacement de la diplomatie de Moscou dans la région. Outre l’alliance traditionnelle des Etats-Unis avec les monarchies du Golfe, un rapprochement s’est manifesté à l’égard de l’Egypte et de la Syrie. Les Etats-Unis disposent désormais de ce qu’ils ont toujours souhaité pour la satisfaction de leurs intérêts stratégiques dans la région : des bases militaires permettant d’assurer une présence américaine permanente dans la région (Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, émirats du Golfe). Cependant, les Etats arabes de l’ancienne coalition critiquent toujours davantage l’interventionnisme américain en Irak. Par ailleurs, les mouvements islamistes continuent à être hostiles à la présence américaine et poursuivent leur politique de déstabilisation. Malgré les acquisitions de la négociation israélo-palestinienne (reconnaissance par Israël du fait palestinien, reconnaissance par l’OLP des résolutions des Nations Unies, renonciation officielle au terrorisme), la permanence des oppositions freine le processus de paix, ainsi que la normalisation des relations israélo-arabes. Le régime égyptien poursuit toujours un processus de libéralisation économique, le Liban également. Syrie, Jordanie et Irak suivent ces exemples. L’après-guerre du Golfe s’est manifestée par un retour des méthodes autoritaires dans les pays arabes ; la corruption d’Etat se développe en Irak, mais on assiste à un retour démocratique au Liban….

A SUIVRE !!!

 

 

 

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