chronologie et lexique des révolutions arabes
Chronologie et lexique des révolutions arabes
1839-1878 REFORMES : ou « TANZIMAT », dans l’Empire ottoman pour contrer le déclin militaire, restaurer l’autorité centrale, moderniser la bureaucratie. L’enjeu est de construire un Etat moderne. A cette époque, l’ensemble du monde arabe est inclus dans l’Empire ottoman.
1861 : PREMIERE CONSTITUTION tunisienne.
1869 : OUVERTURE DU CANAL DE SUEZ qui relie la Méditerranée à la mer Rouge. Il passe rapidement sous l’emprise britannique.
1881-1882 : OCCUPATION DE LA TUNISIE en 1881 par les Français déjà présents en Algérie. En 1882, les Anglais bombardent Alexandrie puis instaurent un protectorat britannique sur l’Egypte.
1908 : REVOLUTION DES JEUNES-TURCS qui renversent le Sultan et effervescence politique dans les provinces arabes de l’Empire. Proclamation de la Constitution suspendue depuis 30 ans.
1916-1920 : REVOLTES ARABES soutenues par le Royaume-Uni et la France contre l’Empire ottoman dans le contexte de la Première Guerre mondiale. A la suite de sa défaite en 1918, l’Empire ottoman est démembré et les 2 vainqueurs, le Royaume-Uni et la France, se partagent le Proche-Orient : le Liban et la Syrie passent sous mandat français ; l’Irak, la Transjordanie et la Palestine sous mandat britannique.
1919-1922 : SOULEVEMENT NATIONALISTE en Egypte qui réclame aussi un gouvernement constitutionnel parlementaire. Le pays est officiellement indépendant, mais reste sous la domination britannique.
1925 : REVOLUTION ARABE SYRIENNE qui s’inscrit dans la lutte pour l’indépendance contre le mandat français en Syrie et au Liban.
1928 : FONDATION DES FRERES MUSULMANS en Egypte.
1932 : CREATION DU ROYAUME D’ARABIE SAOUDITE : le wahhabisme, dont la doctrine est de ramener l’islam à sa pureté originelle y est proclamé « idéologie officielle ».
1934 : FONDATION DU NEO-DESTOUR, le parti nationaliste tunisien.
1943 : INDEPENDANCE DU LIBAN
1945 : FONDATION DE LA LIGUE ARABE comptant 7 Etats membres : Egypte, Arabie Saoudite, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen du Nord.
1946 : INDEPENDANCE DE LA SYRIE ET DE LA JORDANIE
1947 : FONDATION DU PARTI BAATH, nationaliste arabe, socialiste et laïc.
1948 : CREATION DE L’ETAT D’ISRAEL, première guerre israélo-arabe.
1951 : LA LYBIE, colonie italienne est le premier pays du Maghreb à accéder à l’indépendance sous l’égide de l’ONU.
1954 : NASSER devient numéro un du régime égyptien. Début de la GUERRE D’ALGERIE.
1955 : CONFERENCE DE BANDUNG en Indonésie qui marque l’entrée du tiers-monde sur la scène internationale.
1956 : INDEPENDANCE DE LA TUNISIE ET DU MAROC.
1958 : UNION DE LA SYRIE ET DE L’EGYPTE. Cette république arabe unie durera jusqu’en 1961. C’est l’une des tentatives pour réaliser l’unité arabe.
1962 : INDEPENDANCE DE L’ALGERIE.
1963 : LE PARTI BAATH arrive au pouvoir en Syrie. Il prendra la tête de l’Etat en Irak en 1968.
1967 : GUERRE DES 6 JOURS : défaite arabe face à Israël.
1969 : EN LYBIE, COUP D’ETAT du colonel Kadhafi qui prend le pouvoir et proclame la République.
1973 : GUERRE DU KIPPOUR. Offensive syro-égyptienne contre Israël. Nouvelle défaite arabe.
1975 : GUERRE CIVILE LIBANAISE qui oppose les différentes communautés religieuses.
1977 : EN LIBYE, instauration de la « république arabe libyenne populaire et socialiste ».
1978 : PAIX DE CAMP DAVID entre Israël et l’Egypte.
1979 : REVOLUTION ISLAMIQUE EN IRAN. Début d’une vague de contestation islamique qui touchera l’ensemble des pays arabes.
1981 : ASSASSINAT DE SADATE par un groupe de jihadistes. Hosni Moubarak est élu président de la République.
1987 : PUTSCH EN TUNISIE : Ben Ali dépose Bourguiba pour « sénilité ». Première INTIFADA palestinienne.
1991 : PREMIERE GUERRE DU GOLFE qui oppose l’Irak de Saddam Hussein à une coalition soutenue par l’ONU et menée par les Etats-Unis à la suite de l’invasion du Koweït par l’armée irakienne. En ALGERIE, L’ARRET DU PROCESSUS ELECTORAL qui allait mener à une victoire du Front islamique du salut fait entrer le pays dans une guerre civile.
1992-1999 : EMBARGO aérien et militaire de l’ONU sur la Lybie, qui soutient les terroristes.
1998 : PREMIERS ATTENTATS organisés par Ben Laden contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie.
2000 : DEUXIEME ANTIFADA PALESTINIENNE.
2001, 11 SEPTEMBRE : ATTENTATS perpétrés par des commandos suicides d’Al-Quaida à New-York et Washington.
2003 : UNE FORCE internationale envahit l’Irak, accusé de détenir des armes de destruction massive. Chute du régime de Sadam Hussein.
2005 : « REVOLUTION ORANGE AU LIBAN ».Une partie du peuple libanais exprime son rejet de la tutelle syrienne.
2006 : VICTOIRE DU HAMAS aux élections législatives en Palestine. En 2007, le mouvement prend le pouvoir par les armes à Gaza.
2009 : « REVOLUTION VERTE » en Iran.
2010 : MOHAMED BOUAZIZI s’immole par le feu à Sidi Bouzid, au sud de Tunis. C’est le point de départ du soulèvement qui gagne rapidement d’autres villes et l’ensemble du monde arabe en quelques semaines.
2011 : janvier, BEN ALI quitte le pays sous la pression de la rue. Février, MOUBARAK s’enfuit.Au mois de mars, l’ONU autorise les frappes aériennes contre les troupes de KADHAFI pour protéger les civils libyens qui manifestent. En mars, l’armée syrienne tue des civils après une semaine de manifestations dans le pays. En juin, au YEMEN, le président est blessé dans un attentat puis hospitalisé en Arabie Saoudite.
BAATH (« résurrection ») : Mouvement fondé en 1947 à Damas. Il se donne pour ambition l’unité politique du monde arabe dans le cadre d’une économie socialiste. Après la brève unité égypto-syrienne (1958-1961), il s’est affranchi du nassérisme pour imposer un autoritarisme laïc en Syrie en 1963, et en Irak en 1968.
CHARIA (loi islamique, étymologiquement, « la voie ») : Dérivée du Coran et de la Sunna (faits et gestes exemplaires du prophète Muhammad), la charia définit un idéal religieux de comportement dans les domaines les plus variés de la vie sociale et personnelle. Pour les islamistes, la charia constitue un bloc de normes immédiatement applicables. Pour leurs adversaires, cette transposition est à la fois illégitime et impossible. Elle est aujourd’hui, à des degrés divers, l’une des sources du droit dans les Etats du monde arabe, à côté du droit positif, inspiré de l’Occident.
COMMUNISME : Même s’ils ont toujours été minoritaires, des partis communistes importants et actifs ont toujours existé dans le monde arabe : en Irak, en Palestine, en Egypte, en Algérie ou en Tunisie. Dès les années 1920-1930, ils ont joué un rôle clé dans les luttes anticoloniales et imprégné les mouvements nationalistes de l’Iran au Maroc : d’où l’appellation « démocratique » ou « socialiste » de plusieurs régimes dictatoriaux qui n’avaient de « marxiste » que l’économie d’Etat et un discours qui déguisait la dictature.
CONFRERIES : Ces associations religieuses existent depuis le début de l’Islam. Structurées de manière hiérarchique, elles se reproduisent par transmission interne de maître à disciple. Les confréries jouent un rôle social majeur et possèdent des qualités de mobilisation importante, notamment sur le plan politique.
DESTOUR (« CONSTITUTION ») : Le Destour est le nom du premier parti nationaliste tunisien formé en 1920 par des lettrés arabophones et francophones soucieux de rétablir la constitution de 1861 et de restaurer les droits dont jouissait le pays avant le protectorat.
FITNA : A l’origine, le mot se réfère à une grave crise au 7e siècle entre Ali, gendre du prophète et Muawiya, futur fondateur de la dynastie des califes omeyyades, qui brise définitivement l’unité de la communauté islamique, se divisant entre chiites, sunnites et kharidjiites. La fitna désigne donc des divisions voire des guerres civiles entre les musulmans.
FRERES MUSULMANS : Confrérie fondée en Egypte en 1928, pour lutter contre l’influence anglaise dans la vie sociale égyptienne. Les frères sont entrés dans la vie politique dans les années 1930 en exigeant une application intégrale de la charia. Après 1945, le mouvement s’est divisé sur la question de la légitimité du recours à la violence. Férocement réprimé par Nasser en 1954, le mouvement reste actif aujourd’hui.
ISLAMISME : Idéologie tirée d’une interprétation politisée de l’Islam. Depuis les années 1970, le vocable « islamiste » désigne ceux qui considèrent que l’islamisation de la société doit aller de pair avec l’instauration d’un Etat islamique soumis à l’application de la charia
JEUNES-TURCS : Nom que se donnent à la fin du 19e les principaux membres exilé à Paris, d’un mouvement réformateur de l’Empire ottoman. Ils se soulèvent en 1908 mais échouent à créer un régime constitutionnel et à préserver l’unité d’un empire multiconfessionnel.
JIHAD : En arabe, la racine du mot signifie « l’effort » : le combat sacré dans la voie de Dieu. Le « grand jihad » est un combat intérieur que tout musulman doit mener contre ses mauvais penchants pour suivre le chemin de la perfection ; le « petit jihad »possède une dimension militaire de conquête de nouveaux territoires et de lutte contre les adversaires de l’Islam.
LIGUE ARABE : Organisation régionale d’Etats indépendants fondée au Caire en 1945 par 7 pays (Egypte, Jordanie, Syrie, Liban, Irak, Arabie Saoudite, Yémen). Elle compte aujourd’hui 22 Etats membres. La contradiction entre le but de l’organisation, l’unité arabe et le principe de son fonctionnement, la souveraineté des Etats membres, n’a jamais été dépassée. D’abord instrument d’influence de la diplomatie égyptienne, la Ligue apparaît le plus souvent comme la scène officielle des désaccords arabes.
MODERNISATION : L’Egypte dès 1805, l’Empire ottoman entre 1839 et 1878, la Tunisie dans les années 1830, entreprennent de moderniser l’Etat. Il s’agit d’une modernisation volontariste, sélective et autoritaire, modèle issu de l’Empire ottoman et qui inspire le kémalisme (régime instauré en Turquie après la Première Guerre mondiale), l’Iran et la Tunisie de Bourguiba.
MOUKHABARAT : Police secrète ou services de renseignement au cœur du dispositif autoritaire arabe. Réseaux de répression et de surveillance de la société, leur pouvoir d’intimidation est aujourd’hui contesté dans l’ensemble des pays arabes.
NAHDA : « RENAISSANCE », désigne à l’époque des réformes ottomanes l’éclosion d’une modernité arabe. Mouvement intellectuel, politique et littéraire né en Egypte et en Syrie dans la seconde moitié du 19 e siècle, la Nahda se définit comme un projet émancipateur de l’individu face à toutes les formes d’oppression politique et culturelle. Le concept évoque aussi l’idée d’un renouveau de la civilisation et d’un réveil des Arabes en tant que nation. La fin de la Première Guerre mondiale et la défaite ottomane inaugure la « seconde Nahda », le temps de la fondation des Etats arabes modernes, des luttes pour l’indépendance et de la théorisation du nationalisme arabe.
NATIONALISME ARABE : Au 19e siècle, le nationalisme arabe prend sa source dans la volonté des élites arabes d’obtenir une plus grande autonomie au sein de l’Empire ottoman au sein de l’Empire ottoman. Il devient une idéologie de contestation (le PANARABISME) après la Première Guerre mondiale, et légitime l’ascension politique de nouvelles élites à partir des années 1950.Manipulé par des régimes politiques à des fins d’hégémonie régionale, le nationalisme arabe n’a jamais abouti à une unité politique durable. Si le panarabisme comme projet politique a échoué, l’utopie de l’unité arabe demeure. Elle combine le sentiment d’appartenance à une même civilisation, une histoire, une langue et une culture communes, avec le projet de restaurer une civilisation autrefois brillante.
TANZIMAT : Désigne la période des grandes réformes de modernisation de l’Empire ottoman entre 1839 et 1876, date à laquelle fut promulguée l’éphémère Constitution ottomane. Il s’agit d’une volonté de mettre l’empire aux normes de la modernité européenne sur les plans administratif, industriel et militaire.
THAWRA : « SOULEVEMENT, REVOLTE ». C’est le mot arabe employé pour décrire les mouvements de 2011.
TRIBUS : Structures de solidarité qui reposent sur la croyance en l’existence d’un ancêtre commun, les tribus tiennent une place importante dans le monde arabe, en particulier en Jordanie ou au Yémen, où une large autonomie leur est accordée, notamment le droit de légiférer mais aussi de porter des armes.